Pour célébrer les 30 ans de la disparition de Michel Journiac (1935-1995), archive/nox dévoile un article rare issu de Nostradamus, titre légendaire de la presse à scandale des années 70.
Il fait du boudin… avec son propre sang. Et il le mange en contemplant un squelette. Il ose même en proposer à ses invités.
Un cannibale ? Un vampire ? Non, simplement un gastronome et un gourmet répond Michel Journiac.
M. Journiac ne nous dit pas si ses invités se régalent mais en tout cas, il ne fait pas mystère de sa recette. Il en a même d'autres, dit-il, et de plus fameuses encore, qu'il compte bien révéler un jour. Il a même promis de découper une partie de son corps et de le déguster avec des carottes.
Au cœur de l'île Saint-Louis, dans la rue Le Regrattier, anciennement rue de "La femme sans tête", au fond d'une cour, vit un homme dont l'art effraye ses contemporains. Son nom : Michel Journiac, un artiste qui utilise comme moyen d'expression le sang humain et les squelettes.
Tout d'abord, lorsqu'on entre chez lui, dans cette grande pièce aux murs peints en noir qu'éclaire une simplee bougie, on est saisi par une vision d'horreur.
En effet, sur les banquettes de velours mauve, se prélassent des squelettes. L'un est revêtu d'un pantalon laqué à la peinture blanche et repose de tout son long sur une banquette offrant ainsi, comme disait Baudelaire, "le sourire éternel de ses trente deux dents".
Quant à l'autre, il est accroupi, et recouvert d'un linge empesé d'un blanc immaculé. Au dessus de sa tête, comme une épée de Damoclès, est suspendu un morceau de viande et, ça et là, éparpillés sur la moquette, des coccyx, des tibias et des occiputs plaqués or.
Ces squelettes ne sont pas les seuls objets qui peuplent cet antre digne de Barbe Bleue. Tend-on la main pour attraper un cendrier et voilà que nous palpons un cœur momifié, une tête de serpent desséché ou encore un rat empaillé.
Devant un tel choc, inutile de dire que le visiteur occasionnel a besoin d'un remontant. Mais ici rien n'est issu de la tradition. Au lieu du verre de whisky ou du doigt de cognac, Journiac, le regard caché par des lunettes de verres fumés, vous offre une assiette recouverte de tranches de boudin. Ces fines tranches qu'il appelle volontiers ses "osties" sont introuvables chez le charcutier puisque le sang de porc ici est remplacé par le sang humain.
Ce met que l'on repousse avec dégoût est à l'origine de toute la philosophie de celui que l'on surnomme "Le monstre de l'île Saint-Louis" et dont l'art n'est guidé que par une seule phrase : "se faire viande, se connaître comme conscience d'être chair ! ". Pour lui, en effet, le boudin qu'il a fait lui-même à partir de son propre sang est une œuvre d'art au même titre que le fameux tableau de la Joconde de Léonard de Vinci.
"Se manger", explique cet homme qui négligemment d'une main, caresse les rotules du squelette mollement étendu à ses côtés, "c'est se reconnaître comme objet d'attachement, retrouver ainsi une identité partout refusée". Un propos qui le conduit tout naturellement à admirer ces hommes qui, dans les camps sibériens, lacèrent leur propre chair et se dévorent eux-mêmes dans l'espoir de survivre.
Michel Journiac l'a promis, un jour, il découpera une partie de lui-même et se dégustera aux petits pois ou aux carottes nouvelles pour communier avec sa propre chair.
Pour l'heure, le cannibale de l'île Saint-Louis se cantonne à plastifier les organes des opérés qui veulent garder un souvenir de leur passage sur la table d'opération. Ce n'est pas cependant sa seule activité : il prend également commande des squelettes à laquer ou à plaquer or. Pour cela il suffit de se rendre (de son vivant) chez lui et d'y signer un contrat. Dans le premier cas le laquage en blanc de son squelette, il en coûte 8 000 F. Dans le second le plaquage en or : 25 000 F. Cet adorateur du sang expose aussi dans sa boutique des organes dans des bacs à moitié remplis d'hémoglobine et il ne se lasse pas, dit-il, de contempler ce tableau pendant des heures.
Enfin, cet homme communique gratuitement ce qu'il considère sans doute comme l'un des chefs d'œuvre de son art sanguinaire : la recette du boudin au sang humain : elle est simple et si vous la suivez à la lettre, vous régalerez tous vos amis.
© journiac.com
Prenez 90 cm3 de sang humain liquide (le contenu de trois seringues grand modèle), 90g de gras animal, 90g d’oignons crus, un boyau salé ramolli à l’eau froide puis séché, 8g de sel, 5g de quatre-épices, 2g d’aromates et de sucre en poudre.
Réduisez la moitié du gras et coupez le reste en dés puis hachez menu les oignons. Faites-les blanchir cinq à six minutes à l’eau salée, égouttez-les et laissez-les refroidir. Faites fondre ensuite le gras haché, ajoutez les oignons et laissez cuire un quart d’heure à feu très doux. Mélangez le gras coupé en dés et faites cuire encore sept à huit minutes. Retirez la casserole du feu et mêlez peu à peu le sang humain à la graisse jusqu'à ce que vous obteniez une sauce liante et onctueuse, puis ajoutez les différents ingrédients, sel, épices et aromates. Nouez alors le boyau à un bout, introduisez un entonnoir dans l’autre extrémité, remplissez avec le mélange et mettez le tout dans une casserole sur le réchaud à feu doux, puis à ébullition. Le boudin une fois raffermi, égouttez-le et laissez-le refroidir. Lorsque vos invités arrivent, coupez le boudin en fines tranches et faites-le griller devant eux. L'eau, ou plutôt le sang, leur viendra déjà à la bouche.
Gérard Gilles
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En titre :
Un parisien fait du boudin avec son propre sang !
(Lire en page 5)
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